J’étais ce livre

qui attendait, qui sommeillait…

J’étais dans un carton, bien entouré de mes copains, du bruit, du monde qui passait, repassait.
La veille, on nous avait tous changé d’endroit, enfin un espace lumineux après le garage sombre où nous étions endormis. Je remerciais tout au fond de mon âme tous ces amis des Buveurs d’encre qui étaient, une fois de plus, venus joyeusement nous faire faire cette promenade vers la lumière…


J’attendais. Peut-être… Une main qui passe, une autre, aucune ne s’arrête, une autre, puis une autre. Je soupire, la tristesse m’envahit.

D’un coup, je sens des doigts qui caressent mon flanc, je me sens soulevé, on regarde mon visage, on regarde mon dos, on effeuille mes cheveux…. Je retiens ma respiration… La main me tient bien fort…. Une voix :” c’est bien ?” Une autre :” j’aime cet auteur”.

“Maman, maman, viens, il y a une dame qui donne des brioches”. J’écoute la discussion autour des gâteaux, une miette me tombe dessus, j’espère ne pas être sali, mais du moment qu’on ne me lâche pas.
“Beaucoup de monde” ?
– Un peu moins que d’habitude, mais surtout moins d’achats.
– Pourquoi ?
– Nous ne pouvons renouveler notre stock, pas de place pour entreposer.
– Mais le lieu de stockage proposé par la mairie ?
– Le chantier est de nouveau retardé. On attend… on attend depuis un an”

C’est une scène de notre braderie de livres du dimanche 17 novembre, entre joie des rencontres et morosité sur l’avenir de notre projet… Pouvons nous être encore optimistes comme ce petit livre qui, enfin, connaît une deuxième vie ?

Ill. de l’image à la une : Paravent chinois, Musée d’Orsay